Micheline Enriquez
Quelles sont les possibilit�s, pour un jeune enfant, d'�laboration psychique d'une situation forc�e dans laquelle son p�re psychotique l'aurait maintenu? Enriquez croit que de telles injonctions identificatoires prennent d'autres voies que le refoulement, � savoir : le d�ni, la forclusion, la projection, tous g�n�rateurs d'un �trou dans la m�moire�. Si aucun facteur de r�alit� historique ne suffit � lui seul � rendre compte d'une psychopathologie, la rencontre avec la psychose parentale impose � l'enfant une violence et une souffrance exigeant un effort d'interpr�tation qu'il n'est pas toujours ais� de soutenir.
M. Enriquez cite Ferenczi au sujet �des adultes qui font entrer de force leur volont� et plus particuli�rement des contenus psychiques d�plaisants dans la personne enfantine�. On en arrive ainsi � parler de la �confusion �pouvantable� qui peut en r�sulter pour l'enfant. Parmi diff�rents points sur lesquels peuvent se �cristalliser� ces confusions, je voudrais en souligner un qui touche aux interpr�tations causales de la souffrance, quand il s'agirait de distinguer entre souffrance psychotique et souffrance d�pressive. L'enfant de parent psychotique ne peut rapporter la souffrance psychique � une perte, une d�pression ou un deuil. Particuli�rement dans le cas d'un d�lire de pers�cution, o� c'est la dimension projective de la haine, du d�sir de meurtre, de la m�galomanie, qui ne peut �tre appr�hend�e par l'enfant, sur qui elle exerce un effet d�r�alisant. Situation appelant des identifications mortif�res, � la victime et � l'agresseur. Par ailleurs la souffrance d�pressive du parent n'entra�ne pas une telle confusion dans son interpr�tation causale par l'enfant. Green a pu �crire dans La m�re morte que l'enfant d'une d�pression maternelle cons�cutive � un deuil, fait l'exp�rience d'une �perte du sens� (signification). D fait �l'exp�rience du d�sinvestissement dont il est l'objet�, mais l'exp�rience a eu lieu et a laiss� sa trace qui peut �tre retrouv�e. Il n'y a donc pas de confusion ali�nante. La souffrance du parent psychotique, en revanche, fait de l'enfant l'objet d'un surinvestissement, qui le force � devenir le support de la projection et, selon Enriquez, �l'oblige � partager et � subir souffrance et non-sens.� Pour l'enfant de psychotique, ce sera �l'effort de se d�gager de l'emprise de la projection et de l'interpr�tation causale qu'elle impose�, qui structurera son psychisme. Le message du parent psychotique impose � l'enfant �une position identificatoire mortif�re� dans la succession des g�n�rations, ce qui est inassumable � moins de recourir lui-m�me � la projection.
En r�sum�, une g�n�ralisation : Pour le psychotique, toute descendance est une menace de destruction pour lui, car la naissance d'un enfant �r�active en lui un d�sir de mort qui avait eu pour objet les propres parents.� Dans cette formulation, l'enfant est un double narcissique, porteur du souhait de mort comme d'immortalit�. La haine du p�re envers son parent risque ainsi de se rabattre sur le fils; c'est alors le pouvoir du fils de transmettre la vie, un nom, qui est l'objet sp�cifique de la haine du psychotique.
Puis vient la question de la pulsion d'investigation chez des patients ayant eu des parents psychotiques d�lirants. La reconnaissance par le patient de la r�alit� de la pathologie parentale est une condition de son d�gagement de l'emprise du d�lire, d'un travail de deuil et de d�sid�alisation du parent. L'activit� de la pulsion d'investigation pourra, selon les cas, p�cher par d�faut ou par exc�s. Par d�faut : la demande du patient est alors �une demande de soins� (psychiques); par exc�s : �une demande de sens�. Mais les cas les plus fr�quents sont ceux o� le d�ni total ou partiel de la pathologie parentale op�re dans le sens de la d�fense telle que d�crite par P. Aulagnier20. Ces patients nient donc l'agression psychique provenant du d�lire de leur parent, recourant � l'id�alisation, et � l'autre interdiction concernant toute information qui pourrait d�montrer l'abus de pouvoir sur la pens�e, et leur d�voiler que personne n'a le droit seul �de lui garantir ou lui refuser sa place dans le syst�me de parent�, ni celui de d�cider du mouvement ou de � arr�t du temps� (P. Aulagnier).
M. Enriquez remarque ici que l'abord du d�ni de la pathologie parentale, sa compr�hension et son interpr�tation dans la cure, soul�vent de grandes difficult�s. Celles-ci sont surtout reli�es � �l'existence d'un d�ni forcen� de la violence infanticide des parents.� n s'agit l� d'une clinique de la �psychose en h�ritage� organis�e autour de son d�ni, avec effets destructeurs sur le psychisme.
Il existe ainsi des patients qui savent qu'ils sont issus de parents psychotiques et qui expriment � l'analyste un d�sir d'apprendre les causes et l'histoire de ce drame. Il n'y a donc pas ici de d�ni important de la r�alit�; mais il y a d�sir de conna�tre, de ma�triser, voire de d�truire la pens�e psychotique du parent, d'o� le risque d'une certaine traumatophilie. Ces patients ont pu d�velopper une croyance id�alis�e dans le mod�le du fonctionnement psychique de la th�orie psychanalytique, c'est l� une source de grandes r�sistances, car cette croyance produit l'illusion d'un pouvoir d'effacement du sens de la pens�e d�lirante. D'o� quelquefois l'exc�s d'activit� de la pulsion d'investigation.
La question centrale : quelle place donner � l'exp�rience v�cue et au poids des conflits intrapsychiques, dans les cas o� l'exp�rience v�cue est particuli�rement traumatique et entravante pour le d�veloppement psychique? Question du traumatisme donc, pos�e aussi par rapport � la grande actualit� du probl�me des actes de violence r�elle exerc�e sur des enfants par des adultes. Si elle cite ici le Journal clinique de Ferenczi, publi� il y a quelques ann�es seulement, qui d�non�ait (avec raison), entre autres, les torts caus�s � l'enfant par les parents abusifs ou violents, et L'enfant sous terreur, d'Alice Miller (1986), c'est pour en relever l'utilisation que peut en faire une id�ologie voulant promouvoir �l'image d'une enfance innocente et pure confront�e � la violence des adultes.� On en arrive souvent ainsi � discr�diter arbitrairement les fondements de la th�orie psychanalytique (concept de l'inconscient, de la pulsion, du fantasme, du d�sir) �au profit d'une interpr�tation r�aliste, voire doloriste et moralisatrice accusatrice des parents traumatisants.� Si M. Enriquez prend bien soin de se d�marquer de cette interpr�tation (dont elle trouve qu'Alice Miller est exemplaire), elle n'en insiste pas moins qu'il faut �donner acte au patient de l'existence de sa r�alit� traumatique et tenter d'en mesurer, avec lui, les cons�quences.� Elle essaie donc, dans cette relation de d�pendance asym�trique d'un enfant � un parent psychotique, de comprendre �comment une r�alit� psychique mod�le une autre r�alit� psychique.� Or, �plus les parents sont fous, m�chants, pers�cutants, plus ils sont id�alisables, id�alis�s, m�me si c'est n�gativement.� L'enfant pourra se prot�ger en devenant un nourrisson savant (Ferenczi) et manifester cette �hypermaturit� qu'ont observ�e P. Bourdier (1972) et M. David (1981) chez les enfants de psychotiques.
Chez ces derniers, l'identification � l'agresseur est plus qu'une d�fense; il s'agit davantage d'une r�action primaire de survie, et d'une formation surmo�que archa�que hyper-r�pressive par �introjection forc�e de la haine et la culpabilit� de l'adulte�. Dans son effort de subjectivation, l'enfant peut ainsi arriver � une position de d�sir et de culpabilit� emprunt�e. Mais ce qui est le plus grave, c'est que manifestement, la naissance de l'enfant a �t� la cause de la folie parentale : �La confusion entre causalit� et culpabilit� joue � plein.� L'enfant croira son parent innocent et se sentira oblig� de le r�parer. La culpabilit� peut �tre v�cue comme un d�sir de s'offrir en sacrifice. Le discours d�lirant, lui-m�me tentative de gu�rison d'une souffrance, �est toujours un discours interpr�tatif des �nigmes que sont pour tout un chacun l'origine, la cause de la vie, de la mort, du d�sir, de la sexualit�.�
Si un tel discours met aussi en relief le conflit qui rend inassumable la place du psychotique dans son identit� sexu�e et dans sa lign�e, M. Enriquez se posera justement la question de l'impact de ces th�ories d�lirantes sur les processus d'identification de l'enfant. Dans cette transmission pathologique, elle insiste sur les multiples pouvoirs de la voix, qualifiante, identifiante, pers�cutante, en tant qu'objet auquel on ne peut se soustraire.
En particulier cette voix de violence peut entraver le travail de liaison, de r�interpr�tation d�sid�alisante, qu'effectu� normalement le passage des th�ories sexuelles infantiles � la cr�ation d'un roman familial. L'enfant du psychotique, quant � lui, doit tenter de recourir � la d�liaison �par une mise � mort des repr�sentations terrorisantes�, (par effacement, d�ni, rejet). D y a �n�cessit� de d�truire la pens�e de l'autre pour se penser soi-m�me.�
En r�sum� : g�n�ration invraisemblable ou d�g�n�ration meurtri�re. L'auteur en arrive enfin � une formulation conclusive : la th�orie d�lirante primaire du parent �non�ant un meurtre entre les sexes ou les g�n�rations, laisse toujours des traces. L'�nonc� pourra �tre reconnu comme faux et l'enfant n'y croira pas, mais les effets n'en persisteront pas moins, obligeant l'enfant � renoncer � la position de parent pour �viter une nouvelle confrontation � la th�orie d�lirante primaire.
L'auteur �voque deux points que P. Aulagnier articule dans l'Apprenti-historien et le ma�tre-sorcier (un ouvrage qui consid�re la psychose comme l'expression d'une d�faillance du processus historique) :
1. Le potentiel catastrophique, pour le psychisme, de la confrontation avec la d�faillance de la fonction historicisante de la m�re.
2. Cette d�faillance tient � une probl�matique du refoulement chez la m�re, laquelle ne peut contre-investir la composante sexuelle de son amour pour l'infans. Le refoulement n'�tant pas transmis normalement, c'est la fonction de repr�sentation et de fantasmatisation qui est compromise. Le discours maternel �chouant � donner � l'infans du sens � ce qu'il vit, c'est alors un autre m�canisme qui peut se substituer au refoulement : �un m�canisme mental de filtrage des pens�es�, autoris�es, ou interdites; dans les deux cas filtrage d�cid� par une instance sup�rieure toute-puissante. L'auteur pense que cette r�flexion de P. Aulagnier, si elle ne fournit pas la cl� de la psychose, �redonne son sens plein � la fameuse forclusion du Nom-du-P�re pos�e par Lacan�. Ce qui laisse entendre que la formule de Lacan �tait par elle-m�me incompl�te sans doute � cause de l'insistance de celui-ci pour que le probl�me de la structuration psychique et de la symbolisation soit situ� au niveau du langage, alors que P. Aulagnier le ram�ne au niveau du pulsionnel, le �pictogramme� �tant une figuration du fonctionnement de la pulsion, comme Green a bien su le voir.
Il est clair que P. Aulagnier consid�rait insuffisantes les th�ories de Lacan, de Klein, Bion, de Freud lui-m�me, sur la signification du discours du psychotique, les modalit�s d'�closion de la psychose et du fonctionnement psychotique. En ce qui concerne Freud, celui dont elle se d�marque le plus, il est piquant de trouver dans un num�ro de Topique de mars 1975, consacr� � �R�alit� historique et psychose�, un avant-propos de P. Aulagnier qui � mon sens y d�finit succinctement son d�saccord, en m�me temps qu'elle y donne une synth�se anticip�e de ses propres travaux. C'est un texte historique, � n'en pas douter. Elle commence par dire que dans un livre qui va para�tre en m�me temps que ce num�ro de Topique (il s'agit de La violence de l'interpr�tation), elle a insist� sur le r�le essentiel du concept de �r�alit� historique� dans le destin de la psych�. Sous ce terme, elle subsume un ensemble d'�v�nements pour en relier en partie l'action potentiellement pathog�ne aux effets que le discours de la m�re va tenir sur eux, ou l'absence de discours du �porte-parole� maternel. Enfin elle �crira : �Si cette description �tait exacte, elle obligerait � repenser l'action attribu�e par Freud � l'�preuve de r�alit� dans l'�closion d'une psychose. Dans un certain nombre de cas, on doit se demander si on n'est pas en pr�sence d'un �exc�s de frustrations� que nulle Anank� ne justifie. Loin d'�tre confront� � �des expressions de la r�bellion du �a contre le monde ext�rieur, des expressions de son d�plaisir ou de son incapacit� � s'adapter � la n�cessit� r�elle de l'Anank� (Freud, Perte de r�alit� dans la n�vrose et la psychose), nous assistons � la lutte que livre la psych� infantile chaque fois qu'elle est confront�e � l'impuissance du discours maternel � donner un sens � l'exp�rience v�cue, et � la surpuissance du d�sir de la m�re de s'approprier l'activit� de penser de l'enfant.�
Hayd�e Faimberg
L'identification �tant un type de lien entre les g�n�rations, il importe d'en comprendre l'histoire. Dans certains cas, l'identification condense une histoire qui n'appartient pas enti�rement � sa g�n�ration. C'est cette condensation de trois g�n�rations que H. Faimberg nomme �t�lescopage g�n�rationnel� et qui appara�t dans les identifications inconscientes des patients r�v�l�es par le transfert.
S'appuyant sur Pulsions et destins des pulsions et Pour introduire le narcissisme, l'auteur porte sa r�flexion sur les rapports du narcissisme parental avec l'identification. Il ne s'agit pas ici de se r�f�rer aux parents r�els, mais bien plut�t de d�crire �la fa�on dont nous les rencontrons dans le transfert comme quelque chose d'inscrit dans la r�alit� psychique du patient.� Cette inscription peut �tre mise en �vidence dans �l'�coute de l'�coute�. Le patient �coute souvent l'interpr�tation de l'analyste en s'identifiant � ces parents internes organisateurs de son psychisme. Cette identification est �ali�n�e ou cliv�e du Moi dans la mesure o� sa cause se trouve dans l'histoire de l'autre�. La partie ali�n�e du Moi est identifi�e � la logique narcissique des parents.
L'auteur distingue deux moments dans le narcissisme parental : celui d'amour narcissique (de l'enfant) auquel elle attribue une fonction d'�appropriation�; la haine narcissique d�signe le second moment qui a une fonction d'�intrusion�. Ces deux moments caract�risent donc l'incidence du narcissisme parental sur la formation de ce que l'auteur nomme l'identit�. La logique narcissique parentale peut s'�noncer ainsi : �Tout ce qui m�rite d'�tre aim�, c'est moi, bien que cela vienne de toi, l'enfant. Ce que je reconnais comme venant de toi, l'enfant, je le hais; en plus je te chargerai de tout ce que je n'accepte pas en moi : toi l'enfant, tu seras mon non-moi.�
Dans le cas de l'appropriation : les parents internes s'approprient l'identit� positive de l'enfant en s'identifiant � ce qui lui appartient. Dans le cas de l'intrusion, ils d�finissent l'enfant par son �identit� n�gative�, en expulsant dans l'enfant ce qu'ils rejettent en eux-m�mes. Faimberg pr�cise ici que l'enfant n'est pas seulement ha� parce qu'il est diff�rent, mais surtout-et c'est l� le paradoxe-�parce que son histoire sera solidaire de l'histoire de ses parents et de tout ce qu'ils n'acceptent pas dans leur r�gulation narcissique.� Dans ce syst�me de r�gime narcissique, les parents �ne peuvent aimer l'enfant sans s'en emparer, ni reconna�tre son ind�pendance sans le ha�r et l'assujettir � leur propre histoire de haine.� Les identifications qui en proc�dent sont ali�nantes pour le sujet mais pourraient n'inclure que deux g�n�rations.
Pour le moment, elle pose la question de l'articulation entre �deux types diff�rents de clivage�, celui qu'elle vient de mettre en �vidence, comme r�sultant des fonctions d'intrusion et d'appropriation de l'investissement narcissique par les parents, et un autre clivage, celui entre les syst�mes Conscient et Inconscient. Elle optera, avec raison, pour l'id�e d'un clivage du Moi op�rant dans les identifications ali�nantes du t�lescopage des g�n�rations, mais semble ind�cise quant � l'action du refoulement dans ces cas. Enfin elle se demande si la fonction d'appropriation/intrusion propre � la r�gulation narcissique est la seule explication du t�lescopage des g�n�rations. Se peut-il que dans les analyses des n�vros�s, le t�lescopage des g�n�rations apparaisse, et soit m�me, �crit-elle, �pourquoi pas, une situation universelle�, interpr�table si l'on en tient compte?
Mais, ce qui est � mon avis plus int�ressant, son �tude �tant apparent�e aux travaux de N. Abraham et M. Torok � cause de leur notion de �fant�me� qui recoupe celle de �mort-vivant�, elle est amen�e � poser la question : �le t�lescopage des g�n�rations a-t-il n�cessairement sa cause dans un probl�me de deuil?� Elle affirme que sa formation kleinienne ne lui permet pas d'ignorer l'importance de la position d�pressive et du deuil. Elle a cependant voulu �laborer son �tude �selon d'autres perspectives.� Suivent quelques remarques sur La m�re morte d'Andr� Green : l'inaccessibilit� de la �m�re morte� doit-elle dans tous les cas �tre la cons�quence d'un deuil? Elle pense, par exemple, qu'on peut �galement consid�rer l'inaccessibilit� maternelle comme une r�sultante d'une identification ali�nante inconsciente. En r�alit�, ajoute-t-elle, �je me pose la question plus g�n�rale d'une possible inscription du probl�me du deuil dans une probl�matique plus large.� Enfin, elle en arrive � �l'id�e d'un deuil impossible qui lui saute aux yeux�. Elle a mis entre parenth�ses la notion de deuil, dont elle croit qu'elle lui a permis de continuer l'analyse de son patient. L'inscription de l'identification inconsciente ali�nante d'un enfant � son p�re qui ne reconna�t pas la mort de sa propre famille, �peut se faire dans un r�seau plus vaste�, celui de la r�sistance � la reconnaissance de la diff�rence des g�n�rations. Si int�ressante que cette hypoth�se puisse �tre, on peut quand m�me s'�tonner que l'auteur n'ait pas davantage pr�cis� les �l�ments des r�f�rences freudiennes sur lesquels elle s'appuie, surtout dans Pulsions et leurs destins o� l'on trouve la description de l'organisation narcissique du Moi, des concepts de double retournement comme destins pulsionnels ant�rieurs au refoulement. Nulle part ne voit-on l'auteur se r�f�rer au d�ni de r�alit�, � diff�rencier du refoulement, qu'on peut difficilement �viter d'�voquer si l'on a recours au concept de clivage du moi. C'est J. Cournut qui me semble avoir le mieux formul� l'apport de Faimberg dans cette �vocation �d'un type sp�cial d'identification inconsciente ali�nante qui condense trois g�n�rations et qui se r�v�le dans le transfert.� Cournut pense que la question pratique qui se pose dans l'abord du transg�n�rationnel n'est pas celle d'�tablir �un arbre g�n�alogique, mais de laisser venir au fil des associations du patient et dans les mouvements contretransf�rentiels, la repr�sentation perdue, ni�e, d�tach�e, que le patient ne veut absolument pas reconna�tre et dont l'apparition d�clenche chez l'analyste un malaise qui participe, pour lui aussi, d'un refus inconscient, c'est bien ce qu'a vu H. Faimberg [... ]21.�
Enfin je pense que dans la formulation de ces pathologies o� l'emprise de l'objet atteint des proportions psychotisantes, on a raison de faire appel � ce principe : que lorsque l'espace intrapsychique n'est pas suffisamment structur� pour que s'y repr�sente bien le conflit, �le pulsionnel est manifest� par le pouvoir de l'objet sur le sujet, sur le moi, sur le fonctionnement psychique22.� On pourrait dire aussi bien, le pouvoir des pulsions de l'objet sur le sujet, le Moi, etc ....
Ainsi, il serait possible, dans la vis�e g�n�ralisante qui int�resse H. Faimberg, d'inscrire les identifications selon le degr� d'emprise ali�nante qu'y exerce l'objet, dans un continuum qui va du registre du n�vrotico-normal � celui de la psychose; traduit en termes kleiniens, du registre de la position d�pressive � celui de la position parano�de.
Dans Le mythe d'Oedipe revisit�, Faimberg cherche � montrer comment, dans le mythe, par le mensonge sur ses origines, le non-dit, le secret, Oedipe est d�poss�d� de son propre destin et conduit aveugl�ment au parricide et � l'inceste. Mettant la question de l'inceste entre parenth�ses, elle a choisi d'�laborer la signification de l'�l�ment filicide-parricide du mythe. Selon elle, le mythe est fond� sur le secret de l'adoption d'Oedipe apr�s la tentative filicide de La�os sur lui. Les cons�quences du mensonge sur ses origines sont la perte des points de rep�re de son identit� et de la confiance dans les v�rit�s psychiques. L'auteur propose alors la notion de configuration oedipienne qui d�signe non seulement la relation entre l'enfant et les parents, mais �galement celle entre les parents et l'enfant telle qu'on peut la reconstruire dans le processus analytique. Elle observe que l'enfant interpr�te int�rieurement le mode de reconnaissance qu'ont ses parents de son alt�rit� et de ce que celle-ci peut signifier pour eux.
Cette notion int�ressante de �configuration oedipienne� permet d'articuler les probl�matiques narcissique et oedipienne et achemine l'auteur vers la distinction m�tapsychologique entre un p�re oedipien et un p�re narcissique. Ce dernier est essentiellement filicide, comme La�os qui avait r�solu de tuer Oedipe, une menace pour lui avant sa naissance. Le p�re oedipien est celui qui, en �non�ant l'interdit de l'inceste, ouvre � son fils la voie d'un projet exogamique.
Mais l'auteur n'arrive pas � d�signer de fa�on pr�cise les m�canismes de cette activit� mensong�re si funeste. Je note, de nouveau, que les notions utilis�es d'inconscient, de Moi, de refoulement, de clivage, de d�ni, de d�n�gation ne sont pas clairement articul�es.
R�f�rons-nous donc � Freud. Par exemple, dans Au-del� du principe de plaisir, il affirme qu'il est �vident que la tendance qui pousse l'analysant �� reproduire en faveur du transfert les �v�nements de p�riodes pass�es de sa vie est, sous tous les rapports, ind�pendante du principe de plaisir.� C'est ainsi qu'il nous inviterait, selon une formulation de Michel Fain23 que j'ai un peu modifi�e, � �tablir une opposition entre un �Inconscient dynamique-premi�re topique�, lequel tend � produire des rejetons en fonction du principe de plaisir-d�plaisir, sous la coupe des pulsions de vie, de liaison, et un Inconscient r�p�titif, au-del� du principe de plaisir, qui tend � immobiliser le pr�c�dent, et serait sous la coupe de la pulsion de mort, dont la vis�e est la d�liaison. Cette id�e a peut-�tre l'avantage d'articuler appareil psychique et deuxi�me th�orie des pulsions, de m�me que de d�limiter dans le Moi les territoires distincts du refoulement et du clivage. Notons d'ailleurs �galement que ce dernier m�canisme, (dont on a eu � faire si grand �tat de nos jours), est d�j� mentionn� dans Vue d'ensemble des n�vroses de transfert, (manuscrit de 1915, retrouv� en 1984), d�s les premi�res pages. Parlant du refoulement dans les trois n�vroses de transfert, Freud en donne la signification famili�re. Puis il �crit : �nous dirons que, dans le groupe le plus proche, (vraisemblablement les n�vroses narcissiques, selon l'�diteur), le refoulement a une autre topique, il s'�largit alors au concept de clivage.�
J.-J. Baranes discute des transformations produites en psychanalyse dans les deux derni�res d�cennies par le passage d'une �topique r�alitaire�-terme propos� par N. Abraham dans les ann�es 68-74 pour sa m�tapsychologie du secret-�vers les �l�ments d'une topique intersubjective qu'appellent les recherches sur le transg�n�rationnel.�
De plus en plus, depuis les ann�es 60, les analystes ont rencontr� des patients dont le mat�riel psychique est diff�rent, �hors de port�e du pr�conscient�, n'ayant aucune tendance au retour � la conscience et � la rem�moration, caract�ristique du retour du refoul�, et donnant lieu � des formes sp�ciales de transfert. On y observe la pr�dominance d'une force n�gative tenant de l'inqui�tant �tranger plut�t que du refoulement.
Les travaux de N. Abraham et M. Torok marquent alors une �tape importante, de 1968 � 1974, avec leurs analyses de l'�encryptement�, des �deuils non faits� et des �revenants�. Abraham et Torok �laboreront leur topique de �l'encryptement�, la caract�risant par son aspect �r�alitaire�. La crypte �contient une r�alit� inavouable.� Cette topique diff�re de celle de l'Inconscient dynamique et du Moi de l'introjection pulsionnelle.
La filiation Abraham-Torok remontant � Ferenczi, J.-J. Baranes note que ce dernier avait rouvert en 1932 le �champ de la r�alit� de l'objet� en psychanalyse, longtemps mis en veilleuse par Freud dans son souci d'axer le travail analytique sur les destins de la pulsion, par rapport � laquelle l'objet �tait contingent. Ferenczi avait insist� sur l'id�e du �parent ali�nant et abusif envers l'enfant innocent�, et Freud avait repris la th�orie du trauma dans Analyse finie ... en 1937.
La diff�rence chez Abraham-Torok, c'est que la notion de traumatisme fait appel � deux crit�res : d'abord l'atteinte au narcissisme, puis la perte de la capacit� de repr�sentation cons�cutive � l'incorporation, au clivage et � l'encryptement.
Chez Freud, le concept d'introjection est li� au travail de deuil de l'objet. Abraham et Torok, pour leur part, proposeront en 1968 l'id�e du r�le assimilateur ou non de l'objet dans l'introjection pulsionnelle et le fonctionnement topique du moi. �L'incorporation signe pour eux le secret-d�ni� de l'objet : elle surgit dans la cure par l'interm�diaire du clivage et de la crypte.� Les avantages de la distinction entre incorporation de l'objet et introjection des pulsions de l'objet apparaissent, selon moi, plus clairement chez Maria Torok24. Freud pensait que le travail du deuil visait � la rupture du lien avec l'objet perdu, par un processus de d�tachement de la libido qui pouvait mener �ventuellement � de nouveaux investissements. En distinguant entre incorporation et introjection, M. Torok permet de concevoir deux phases ou moments distincts dans le travail de deuil. L'incorporation est pour Torok un processus de conservation de l'objet pouvant s'opposer au d�tachement, et, dans certains cas de deuils pathologiques, conduire � la formation d'un objet inclus ing�r� mais non consomm�, donnant lieu � la m�taphore du fantasme du �cadavre exquis� et de la �crypte�. Au refus de la perte de l'objet, laquelle est ni�e, s'ajoute l'�chec de l'introjection des pulsions de l'objet dans le Moi. Cons�quence : le Moi n'assume pas les pulsions de destruction qui �taient destin�es � l'objet. Il faut lever le d�ni et le clivage pour arriver � exclure l'objet torturant afin de r�tablir le r�gime des investissements selon l'introjection dans le Moi non cliv� des pulsions de l'objet. Green, dont je me suis largement inspir� dans la pr�sente note, a pr�f�r� parler de l'introjection des affects du deuil plut�t que des pulsions, la reconnaissance tardive de ceux-ci �tant le propre du deuil diff�r�25.
J.-J. Baranes endosse toutefois la critique de M. Tort (1986) � l'�gard des g�n�alogies psychopathologiques qui �reposent sur une syst�matique g�n�ralisante et tournent le dos � l'analyse.� En maniant �un certain type de causalit� comme une r�ponse ou cl�ture, selon un mod�le g�n�tique�, on risque l'illusion de �tenir� l'inconscient. � recommande, en ce qui concerne les avatars et le statut du transg�n�rationnel, qu'� l'oppos� des th�ories qui voudraient promouvoir des �causes assignables� (i.e. �fant�mes�), on suive la r�gle pour tout �concept psychanalytique de bonne tenue�, selon P.C. Racamier (1990) : �observation de la pathologie individuelle, ensuite, plan familial et enfin le registre g�n�ral de la vie psychique.� Mais il ne faudrait pas, au sujet des cons�quences dans la pratique psychanalytique des hypoth�ses de N. Abraham et M. Torok sur les patients cryptophones, que j'omette ici le commentaire de J.-J. Baranes qu'il a d�j� publi� en 1989, (Questions pour demain, monographie de la RFP), lequel fournit cette belle formulation : �Les hypoth�ses transg�n�rationnelles, qui articulent les donn�es actuelles � une pr�histoire parentale ou grandparentale, ne doivent pas, en effet, devenir nouveau stade du d�veloppement, point de vue g�n�tique ou d�veloppemental ant�rieur au sujet lui-m�me. Si cela devenait le cas, on aurait perdu toute cr�dibilit� analytique, ce qui aurait �t� gagn� en extension, l'�tiologie traumatique, prenant le pas sur le travail et la causalit� psychique, et ceci d'ailleurs pour les deux protagonistes de la rencontre. Comme tout point de vue historique en psychanalyse, ces perspectives ne peuvent �tre qu'� l'indispensable carrefour, ou croisement, du diachronique et du synchronique, de l'�v�nement et de la structure.�
Plus loin, pour souligner l'actualit� et la permanence de la question de la transmission psychique entre les g�n�rations, Bar �nes met en perspective la possibilit� d'un danger qui consisterait dans le resurgissement subreptice d'une double th�matique non analytique dans l'usage du transg�n�rationnel; d'abord celle d'une causalit� �tiologique lin�aire d'origine externe pr�cise, pour rendre compte de certains �checs de la symbolisation, puis celle d'une vis�e r�paratrice ou projective qui fait de la cure �un proc�s intent� aux g�n�rations pr�c�dentes plut�t que �!'assumption de l'�tranger intime en chacun.�
Il insistera sur la place centrale qu'occup� l'identification par sa double vectorisation. Celle-ci d�coule du fait relev� par les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse, � savoir, le double sens auquel on peut entendre le terme �identifier�; sens transitif : reconna�tre pour identique; sens r�fl�chi : s'identifier, c'est prendre en soi, op�ration capitale dans la structuration du sujet. Donc double registre de l'identification, le transg�n�rationnel consistant dans ce �commerce identificatoire avec l'autre parental, particuli�rement �vident dans l'�tablissement du Surmoi.�
Sous la rubrique �de l'ali�nation oblig�e�, l'auteur sugg�re que �le transg�n�rationnel n'est qu'une facette du processus identificatoire, mais dont les exc�s, si impressionnants en clinique, ne font que d�voiler l'intime de ce dernier.� Ce qui lui fournit le pr�texte, au sujet de l'ali�nation dans les identifications, d'une comparaison des vues de H. Faimberg, de ce qu'elle appelle le �t�lescopage des g�n�rations�, avec celles de Bernard Penot26. D�gag�e par P. Aulagnier des premi�res vues de Lacan sur la division du sujet, la notion de �l'ali�nation �/par l'autre est au coeur de la libert� � venir, comme elle est, implicitement au centre de l'exp�rience analytique.� L'ouvrage de Penot rend compte de son abord de patients psychotiques en institution, et de certains autres chez qui le d�ni de r�alit� et le clivage dominent le tableau clinique. Il privil�gie une conception lacanienne du sujet et du surmoi, pour tenter d'�clairer les probl�matiques ci-haut mentionn�es. � partir de la notion de �matrice signifiante�, selon laquelle la r�alit� psychique s'�difie sur un syst�me de messages parentaux, Penot pose, suivant Lacan, �cette disjonction entre imagerie sp�culaire et la symbolique du discours comme structure de l'humain.� Le d�ni de r�alit� chez ces patients proc�de d'un �syst�me de pens�e pr�form�, traversant son espace psychique, et celui du th�rapeute, dans un pur d�terminisme de r�p�tition.� D se produit alors �une non-congruence entre identifiant et identifi�, non-congruence qui rend manifestes �divers d�saveux entre lign�es parentales, entre g�n�rations�, et compromet ainsi le r�le des id�aux du moi dans la symbolisation.
En mettant l'accent sur le r�le du discours de l'autre et des id�aux dans la constitution du narcissisme, Baranes pense que Penot s'�loigne d'une conception lin�aire de la gen�se du Moi : h�t�rog�n�it� des supports narcissiques du sujet, division essentielle de celui-ci, ces postulats garantiraient que �toutes les difficult�s de la symbolisation sont int�grables dans une interpr�tation en termes de d�saveu r�ciproque ou de conflit inavouables ou inconciliables entre g�n�rations.� Baranes voit dans ces r�flexions de Penot une ouverture � la question du transfert dans ces cas o� l'�laboration fantasmatique est d�faillante. J'ajouterai que ce qui est dit de l'ouvrage de Penot illustre tr�s clairement ce qu'il y a de f�cond dans l'�clectisme lacanien de la position de cet auteur, surtout dans la compr�hension des cas o� les id�aux du moi des parents sont en conflit mutuel. Cette notion de conflit d'id�aux parentaux lui inspirera une int�ressante interpr�tation du Trouble de m�moire sur l'Acropole de Freud. La compulsion de r�p�tition, selon le mod�le de Lacan dans la Lettre vol�e, rend compte du retour r�p�titif, dans les relations chez les soignants et le th�rapeute, de la probl�matique familiale du psychotique.
Mais la doctrine de Lacan s'accommode mal de ce qu'on puisse intervenir chez les sujets dont la structure est carenc�e dans le rapport � l'Autre, de sorte que la position de B. Penot l'expose � des contradictions au plan de la conception de la cure. C'est G. Diatkine, non sans en avoir d'abord relev� quelques-unes, qui viendra subtilement � son secours en concluant : �Les buts de l'analyse pour Freud et pour Lacan constituent pour les analystes d'aujourd'hui des id�aux contradictoires. B. Penot nous montre qu'il est possible de vivre ces id�aux sans qu'ils se d�savouent r�ciproquement dans la psych� de l'analyste27.�
Baranes en vient � commenter le travail de Faimberg, rappelant qu'elle a d�j� travaill� avec W. Baranger en Argentine, o� Klein, Bion et Winnicott, notamment, l'ont influenc�e. � parle de sa r�f�rence s�lective aux concepts de narcissisme et de pulsion, et du Moi de la premi�re topique freudienne, mettant en suspens la question du deuil. Faimberg s'int�resse depuis nombre d'ann�es aux r�sistances narcissiques � la blessure oedipienne, ce t�moin de la diff�rence des sexes et des g�n�rations, et propose, comme on l'a vu, le concept de �l'�coute de l'�coute�, ce qui rend possible l'apparition, dans la cure, �des discours des parents internes.� L'issue favorable en serait l'ouverture du champ de l'histoire du sujet et son appropriation; autrement, ce pourrait �tre le parent interne assurant la r�gulation narcissique, qui parle pour le sujet, mais en le d�poss�dant de son histoire. Ce n'est pas sur son usage tr�s personnel de la m�tapsychologie que Baranes engage sa discussion des travaux de Faimberg : celle-ci ne semblant pas consid�rer que les identifications ali�nantes se manifestant dans le t�lescopage des g�n�rations sont une facette du processus identificatoire transg�n�rationnel, va nier toute valeur autre que descriptive � ce dernier terme. Se demandant si le t�lescopage n'est qu'une forme particuli�re d'identification o� l'objet fait intrusion, elle est plut�t tent�e de radicaliser sa notion et de lui conf�rer une validit� universelle, dans le sens o� elle serait pertinente dans toutes les cures. � quoi J.-J. Baranes fait valoir qu'il y a toujours du transg�n�rationnel dans la mesure o� il y a toujours de l'Autre en soi.
Les processus qui lient �troitement identification et transg�n�rationnel consistent dans le �travail d'un temps psychique� en terme de ressaisie de la perte, l'appropriation et la transmission entre les g�n�rations d'un mat�riau psychique analogue par sa r�p�tition au mat�riau g�n�tique. Mais ce mat�riau psychique transmis, s'il est information, contient aussi la cl� de son usage. Ce serait au plan �des organisateurs symboliques et de la structure�, qu'agiraient les v�ritables vecteurs des investissements et de l'identification subjective. Pour le psychanalyste, la r�flexion sur la �construction de l'identit� ne saurait se dispenser de prendre en compte �l'extr�me complexit� de la r�gulation contractuelle� de celle-ci par le groupe familial et social. Ce que vient justement approfondir le concept de �contrat narcissique� de P. Aulagnier. (1975). Il souhaite que le concept de transg�n�rationnel reste ouvert � des d�veloppements toujours plus f�conds, sans doute dans le sens de cette �topique intersubjective�, qu'appellent les recherches des auteurs de cet ouvrage remarquable.
Pour conclure ...
La m�tapsychologie pourra-t-elle d�douaner l'intersubjectif, une importation h�g�lienne dans la psychanalyse, comme elle a su le faire pour le n�gatif, notion h�g�lienne elle aussi? La conception du sujet de la pulsion ne pourrait que s'en trouver enrichie. En revanche, il incomberait �galement � la m�tapsychologie de pr�ciser les rapports de la pulsion au lien interhumain, ce que sugg�rait justement B. Brusset en 1988(28).
Mais il n'y a gu�re de psychanalystes qui contesteraient l'importance d�terminante de la dimension intersubjective dans la structuration de la vie psychique. R. Cahn �crivait d�j� en 1991 : �de la th�orie de la pulsion � la relation intersubjective, en passant par la relation d'objet, l'ensemble de l'�difice m�tapsychologique se voit consid�rablement remani� dans son interrelation avec la clinique. A quoi s'�taye notre propre perspective accordant � l'objet premier non seulement le r�le de p�le pulsionnel, mais de fixation � la fois objectalisante (Green, 1986) et subjectalisante29.�
En ce qui concerne plus sp�cifiquement l'avenir, si l'on peut dire, du transg�n�rationnel, c'est encore une id�e de Green que m'a sugg�r�e le terme d'�organisateurs symboliques�, employ� par Baranes, comme vecteurs des investissements et de l'identification. Que dire de la vectorisation de l'association? La r�ponse de Freud s'appuie sur la phylog�n�se. Green pense alors qu'il est n�cessaire, non pas de renoncer au concept des fantasmes originaires, �mais d'approfondir les moyens de leur transmission inductive par les aspects les plus occultes mais non les moins puissants, de la culture appuy�e sur la force des investissements transg�n�rationnels30.�
Un autre d�veloppement qu'on peut esp�rer de ces recherches est celui d'une contribution � une m�tapsychologie du contre-transfert, telle que Jean Guillaumin en a longuement expos� la n�cessit� dans son article de 1994 : �Les contrebandiers du transfert ou le contre-transfert et le contournement du cadre par la r�alit� ext�rieure31.� Guillaumin y parle de l'intuition que para�t avoir eue Freud dans les ann�es 20, avec Psychologie des foules et analyse du Moi surtout, sans la d�velopper toutefois, �d'une sorte d'ext�riorisation p�riph�rique du transfert et du contre-transfert par rapport � l'appareil psychique.� Cet auteur croit que depuis la mort de Freud, l'orientation des travaux et recherches de psychanalystes dans des champs consid�r�s comme marginaux ou �trangers par rapport � la cure classique, � savoir : les groupes, la psychose) les groupes et la psychose constituent des champs marginaux par rapport � la cure classique), pourrait l'aider � reprendre la question du contre-transfert laiss�e de c�t�, sinon n�glig�e, par Freud, et lui fournir de nouveaux �l�ments d'une m�tapsychologie qui reste � fake.
[Author Affiliation]
JEAN-LOUIS LANGLOIS
Outremont QC
[Author Affiliation]
Jean-Louis Langlois
1120, avenue Bernard, no 22
Outremont, QC H2V 1V3

No comments:
Post a Comment